Normalzeugnis Zeugnis
Caroline Gräfin v. Goertz an J. E. Graf v. Goertz 31. 1. 1778 (GRFA)
Vous vous attendrés ... que je vous parle de la piece, c’est donc par la que je vais commencer. Elle est sans contredit plus rapsodie que Lila, et une vraye platitude. Quoique Herder l'ait vu peu après sa naissance c’est à dire à la premiere épreuve, l’enfant n’est pas batisé, car Proserpine n’est qu’un monodrame qui fait un acte. Toute la piece est une satire gegen das Empfindsame. Un prince se croit amoureux d’une femme mariée parce qu’elle ressemble à sa poupée, qu’il mène sans cesse avec lui. Or cette poupée est dissequée sur le theatre, et il se trouve qu’au lieu d’intestins, elle est tout farcie de livres à sentimens, tels que Siegwart, Werther, Stella, Freundschaft und Liebe etc, et que ces livres sont le talisman qui aveugle, qui attache le Prince. Le mari qui n’est pas si indifferent que Stein, sur le sujet de sa femme, veut lui ouvrir les yeux, sur l’amour de son amant. Mais elle qui est aussi von die Empfindsamen, qui se promene au clair de la lune, qui joue des Monodrames, ne veut point en croire son mari, elle entreprend de faire le rolle de la poupée, et le Prince n’y trouvant plus l’aimant qui l’attire, s’en dégoutte, l’abandonne. Honteuse, confuse, elle revient à son mari, on rend au prince sa poupée, et tout le monde est content et la piece fini. Goethe est le mari, la Schroeder la femme, et Seidler l’amant. Stein figuroit fort bien avec un grand panache de plumes, qui amusoit bien du monde. Nous avons appris ce que cet d’avoir des fourmis dans les callottes, et bien des jolies choses. Comme vous serés curieux de la poesie, je vous joins l’air suivant, à la lune
Après cela vous jugerés de la piece à peu près comme si vous l’avies vu, et plus commodement que si vous aviés été de 5 à 10 à la comedie. La musique est jolie.
Le jour d’hier ... a été celebré d’une façon particuliere, et digne d’ici, un diné à la cour pour les Exellences, et la mere, qui avoit de l’humeur comme un dogue, à 5 heures on nous pria pour le soupé c’est à dire les femmes exellences. Le Duc s’en donna d’une facon differente. Il donna un bal aux acteurs et dames, ce qui fit un joli mélange, en faveur de la belle ... La Duchesse n’approuve pas la piece, cela m’a surpris, quoiqu’il est vrai qu’elle a bien raison.
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